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SOLIDARITÉ                Conférence sur le Nicaragua            

                                                                                                                                                                                                                                                        

             

                                              Le CCFD en action

Dans le cadre de la campagne de carême 2008 du CCFD l'équipe locale d'Illzach a accueilli le 13 mars à la maison paroissiale la rencontre entre les militants CCFD du Haut Rhin et une de nos partenaires, Veronica Torres de l'association Cantera du Nicaragua.

Une partie de cette conférence est transcrite dans la page " SOLIDARITÉ" du sommaire.

Ci-dessous vous trouverez les échanges entre Veronica et le public.                                                                    

                                                     

 

Intervention de Veronica

 

  Merci d'être venu m'entendre parler de mon expérience.

  44 partenaires sont en France pour le Carême, dont 8 du Nicaragua.

 

                                                          1. Le Nicaragua

  Il y a 5,6 millions d'habitants. C'est l'un des pays les plus pauvres d'Amérique Centrale.

  Éducation : Il y a une loi d'éducation gratuite qui dit que les enfants ont automatiquement accès à une forme d'éducation, mais ça    n'est   pas toujours le cas à cause des difficultés financières, surtout pour l'entrée à l'université où la plupart sont payantes et très  chères. Il y a peu d'universités publiques, donc beaucoup ne peuvent pas y aller en raison des difficultés financières. Certains travaillent la semaine et étudient le week-end.

  Travail : c'est difficile de trouver un emploi au Nicaragua. L'alternative est d'aller dans les "maquillas" : zones franches de l'industrie   textile où s'installent des multinationales venant de Corée, du Japon, de Chine, des USA, qui sont dispensées d'impôts pendant les 10 premières années.

  Les ouvriers n'ont pas d'équipement de protection, d'où des problèmes de santé : de nombreuses maladies respiratoires, de l'arthrite,  des phlébites.

  Crédits : La plupart des consommateurs n'ont pas accès au crédit. Ici, j'ai vu qu'il y avait un soutien financier aux agriculteurs. Pas au Nicaragua. Les plus grandes exploitations sont à de grands propriétaires.

  Santé : on dit que tout le monde  a accès aux soins, mais en fait, ce sont seulement ceux qui ont un emploi.

  Il y a des centres sanitaires, mais on ne fournit pas tous les médicaments.

Il y a des centres spécialisés pour le cancer et pour les enfants.

Politique : le président est Daniel Ortega, arrivé au pouvoir après deux gouvernements néo-libéraux.

Le projet du gouvernement, en coordination avec les municipalités locales,

- "moi, oui, je le peux"

- "suppression de la faim partout dans le pays" Pour cela, on fournit aux gens poules, cochons, vaches, semences. Avec ces activités, on vient en aide aux familles, gratuitement pour les femmes.

- "Taux zéro" : crédits à taux zéro

 

                                            III. Questions-Réponses

 

Q1 : Combien y a-t-il de salariés et de bénévoles à Cantera ?

R1 : 32 salariés et 400 volontaires, dans plusieurs municipalités : Managua, Rivas… A Managua, il y a deux grands quartiers où il est très difficile de travailler. Il y a aussi 2 municipalités semi-rurales et 18 rurales. Dans chaque communauté, il y a 40 à 50 familles, mais dispersées au sein de la communauté.

Dans une ville de 5000 habitants, il y a un établissement avec activités socioculturelles (danse, dessin, guitare, relations entre organismes municipaux et gouvernement)

Dans le cadre du 20ème anniversaire de Cantera, des manifestations sont organisées pour les salariés et tous les volontaires hommes et femmes, dans tout le territoire.

 

Q2 : Y a-t-il des problèmes de délinquance et drogue ?

R2 : C'est le problème n° 1 au Nicaragua. Il y a des quartiers plus vulnérables que d'autres.

Des actions sont menées par Cantera dans les quartiers difficiles minés par la drogue. Pour y remédier, on travaille avec les jeunes et avec la police pour éradiquer la drogue de ce quartier.

Un autre organisme "Remar" construit de centres de désintoxication et de réinsertion. Avec les gouvernements néolibéraux, la police n'essayait pas d'arrêter le trafic de drogue dans le pays.

Ensuite, une ancienne religieuse est devenue ministre de l'intérieur et a eu le courage de prendre le problème à la base : pas se contenter d'arrêter la circulation des produits, mais stopper le trafic à la base. Elle est très sympa et engagée, mais menacée par les narcotrafiquants et obligée d'avoir une garde rapprochée.

 

Témoignage et Q3 : Pourquoi la drogue prend elle une telle ampleur ? On a soutenu une coopérative de 15 familles, mais elle ne pourra jamais nourrir tous les enfants : jusqu'à 7 par famille ! Alors ils vont en ville et dans ces quartiers. En 84, ils étaient 3 millions et maintenant 6 millions. Ça a doublé en 25 ans. On y est allé avec des "brigades de la paix" On a fait des écoles et des conduites d'eau, mais la démographie est trop galopante. Que penser de la loi contre l'avortement thérapeutique ? Il y a des jeunes mères de 15 ans en grand danger.

R3 : Merci pour votre travail. Plusieurs organisations travaillent sur place.

- L'eau, c'est un problème grave, surtout dans les zones rurales. C'est très cher de construire des puits profonds.

- Pour l'avortement, il est totalement interdit, ce qui entraîne des problèmes pour les femmes et pour les médecins. Il y a de nombreuses manifestations contre cette loi.

 

Q4 : Y a-t-il de l'info et des moyens de contraception ?

R4 : beaucoup d'organisations travaillent sur l'éducation sexuelle et la promotion des moyens de contraception. Les campagnes ne sont pas toujours efficaces. Les femmes et les jeunes filles ne font pas appel au planning familial. L'éducation sexuelle ne se fait pas à l'école, mais par des organisations. Elle reste un sujet très tabou au Nicaragua.

 

Q5 : Le comité Nicaragua a un projet sur une "Casa materna" devenue "Casa social" pour soutenir les jeunes mères, avec suivi pré et post-natal, contraception. Pendant la révolution sandiniste, les droits des femmes ont explosé et il n'y avait pas plus de 4 enfants par femme. Avec le retour des libéraux, il y a de nouveau 5, 6,7 enfants. Qu'a fait Ortega depuis qu'il est au pouvoir ?

R5 : Il y a beaucoup de discussions entre le gouvernement d'Ortega et les organisations de femmes pour ce qui concerne la santé et la contraception. La fille de la femme d'Ortega a été violée, ça a suscité des scissions dans les organisations de femmes à ce sujet. Ca a affecté leur travail, avec des conséquences positives et négatives. Le réseau des femmes contres la violence s'est beaucoup occupé de ce problème. On invite les femmes à porter plainte, avec le soutien des organisations, mais il faut beaucoup de courage pour dire qu'on a subi des violences. Elles disent que si même la fille du président a des problèmes en se plaignant, ce n'est pas la peine qu'elles, elles essaient. Pour aider les femmes, les seules sont celles qui sont dans des organisations. Qui reçoit les plaintes ? Maintenant, il y a un commissariat de femmes pour ça. Avant c'était des hommes.

 

Q6 : Quelle est la place des militants au niveau municipal et politique ? Et quelle est la part d'implication du gouvernement et des politiques ?

R6 : l'association Cantera travaille sur l'éducation civique, la citoyenneté.

- Des comités sont mis en place au niveau des municipalités. Des propositions sont faites aux conseils municipaux.

- Pour les jeunes, il y a des conseils de la jeunesse. On veut qu'une loi passe au niveau national pour leur donner un budget pour qu'ils puissent travailler.

- On développe un réseau de développement local qui travaille dans différents territoires pour faire passer des idées à l'ensemble de la société.

- C'est plus difficile de s'attaquer au gouvernement, alors on part de la base et on essaie de faire évoluer avec la pression sociale : l'union fait la force !

 

Q7 : Chômage ? Que font les jeunes qui ne vont pas à l'université ? Comment s'insèrent-ils dans la société ?

R7 : Il y a beaucoup de chômage. Ceux qui travaillent, c'est dans les zones franches. Les autres font des petits boulots (marché, vente dans les rues, jardinage).

Il y a aussi beaucoup d'immigration vers le Costa Rica (tâches domestiques pour les femmes, agricole et bâtiment pour les hommes), et aussi en Espagne et aux USA où beaucoup ont des parents.

 

Q8 : Y a-t-il une aide des Eglises ?

R8 : question difficile ! La hiérarchie catholique ne participe pas aux activités des organisations. Le seul problème où elle s'est investie est celui de l'avortement. C'est dans les communautés de base qu'il y a participation aux organisations et communication. Don Bosco proposent un apprentissage technique aux jeunes.

 

Q9 : Qu'entendez-vous par "spiritualité" ?

R9 : C'est difficile à aborder avec les jeunes. Un groupe de religieux utilise des textes bibliques pour travailler avec les jeunes. Ces thèmes sont abordés en fin d'année, pendant des retraites spirituelles. Il y a aussi des relations avec la nature, la terre, l'amour.

 

Q10 : Avez-vous des problèmes de sectes, d'évangélistes ?

R10 : il y a beaucoup de sectes. Je ne sais pas si toutes viennent des USA. Les "Saints des derniers jours" ont des grands bâtiments et beaucoup d'argent.

 

Q11 : Le CCFD soutient un projet de la JOC. Est-elle considérée comme un mouvement de réflexion ou d'action ?

R11 : même si on trouve "chrétien" dans le nom, elle essaie d'avoir surtout une influence politique. Elle travaille avec les jeunes et ceux qui travaillent dans les maquillas. Je ne connais pas précisément son travail, mais quand un mouvement est "chrétien", c'est l'aide au prochain qui compte.

 

Q12 : pouvez-vous nous parler des maquillas ?

R12 : ce sont de grandes entreprises textiles des zones franches, multinationales de Chine, Thaïlande, Corée, Japon, USA qui s'installent parce qu'elles ne paient pas d'impôts pendant 10 ans. Après, elles changent de zone ou de nom.

- Elles font travailler les gens de 7h à 17h (parfois plus s'il y a des contraintes de productivité, mais pas payé !)

- Quelques femmes essaient de dénoncer ces pratiques auprès du ministère du travail. Quand il y a des contrôles, on a déjà écarté les personnes qui ont dénoncé. Elles ne peuvent plus trouver de travail dans une autre maquilla.

 

Q13 : Y a-t-il des syndicats ?

R13 : C'est possible d'en créer, mais ils ne peuvent pas fonctionner pendant les heures de travail. Une association d'avocates "Maria Helena Quadra" essaie de faire un suivi légal pour mener les dénonciations à terme.

 

Q14 : Ces implantations dans les zones franches sont-elles des décisions politiques ?

R14 (dans la salle) : il faut différencier transnationales et multinationales. Les transnationales traversent différents pays, quelle que soit leur politique. Elles apportent de l'emploi et s'il y a chantage, elles vont ailleurs.

R14 (Veronica) : il ne peut y avoir de loi locale. C'est l'OMC qui décide et les petits pays trinquent de ces situations

R14 (dans la salle) : sauf que nous, on a des syndicats de travailleurs !

 

Q15 : Pourquoi le gouvernement ne s'y est-il pas opposé ?

R15 : parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité de travail et pour rembourser la dette.

 

Q16 : Comme ils s'en vont après 10 ans sans payer d'impôts, comment cela permet-il de rembourser la dette ?

R16 (question mal comprise ???) : c'est un problème d'injustice sociale créé par ces maquillas. Il faut faire entendre la voix du peuple par une pression sociale.

 

Q17 : Quel est le statut de la terre ?

R17: la plupart des producteurs sont propriétaires de leur terrain. Dans les années 80, il y a eu beaucoup de coopératives créées, mais sans passer par le processus légal pour obtenir des droits de propriété. Le problème existe même dans les villes.

 

Q18 : Quel est le pourcentage de petites et grandes exploitations ?

R18 : je ne connais pas les chiffres. La plupart (les plus fertiles) sont entre les mains des latifundios. Les petits ont les terrains les moins fertiles

 

Q19 : Quel est le pourcentage d'enfants qui vont à l'école et d'enfants qui travaillent ?

R 19 : L'école est gratuite suivant la loi, mais beaucoup travaillent. Des 10/15 ans nettoient les voitures aux feux rouges ou vont récupérer des fruits au marché pour les revendre. L'association vient en aide aux enfants qui travaille et les incite à abandonner leur activité pour aller à l'école. Je ne sais pas le pourcentage, mais je répondrai par mail après mon retour pour les chiffres et pour d'autres questions. Un groupe du CCFD ira aussi sur place

Denis : en août 2008,  20 d'Alsace-Lorraine dont 2 du Haut-Rhin, de mouvements de jeunes. Ils feront une conférence à leur retour.

Veronica : Merci pour votre soutien, car chez nous 70% vit avec moins de 2$ par jour

 

Q20 : Qu'attendez-vous de nous en dehors de l'aide financière, et que pouvons-nous dire de votre part dans nos animations en paroisse ?

R20 : "L'être humain avant tour. Il faut les former pour qu'ils puissent débattre, se défendre, avoir foi dans ce qu'ils f ont. Le développement humain et la promotion de toute la population, c'est le but de Cantera

 

                                                                                 Résumé réalisé par l’équipe CCFD de Bollwiller

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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